J’ai vraiment roulé en Monet-Goyon (par Alain Guillomin)

Comment j’ai attrapé le virus des Monet Goyon ?  Deux petits villages au pied du massif de la Chartreuse séparés par une rivière : l’un est savoyard ‘Les Echelles’, l’autre est  dauphinois’ Entre Deux Guiers’. Nous sommes dans l’après guerre. La France recommence à vivre et nos industries locales tournent à fond sans oublier tous les petits ateliers spécialisés dans le travail du bois : gaineries, tabletteries, tourneries et bien d’autres. La population ouvrière se déplace en vélo, et parfois en moto. Quelques privilégiés possèdent des 4 CV, Tractions, 203… Mon grand père Marius s’achète la S2G en 1955, mon grand oncle Jean Marie opte pour une Starlett, mon père a une S6V, et le cousin Gaston vient de s’acheter la belle KE que vous connaissez. Tout près des arcades  se tient la célèbre boutique locale ‘Armes Cycles Favre’ qui aligne sur le trottoir toutes marques et cylindrées. De quoi faire rêver plus d’un ! Encore faut-il rassembler quelques économies… Pas toujours facile en ce temps là.

Mon grand père après avoir travaillé de nombreuses années à la Papeterie, s’installe comme photographe au centre du village (vous connaissez les vieilles chambres photographiques en bois…). Il est aussi passionné de chasse et de pêche. Une petite cylindrée est donc bien venue pour aller taquiner la truite. La canne à pêche et le panier en osier attachés sur le porte bagage et voilà le grand père au bord de notre rivière… Malheureusement il ne profitera pas de la retraite, son chemin s’arrêtera trop vite. Sa S2G reste entreposée 5 ans dans le petit hangar au fond de la cour, jusqu’au jour où je me décide d’ouvrir le robinet d’essence et de donner quelques coups de kick. A ma grande surprise le moteur démarre. Il faut un permis même pour ce type de véhicule.  Alors mes essais de roulage se limitent dans ma petite cour. Et puis arrive le jour où je décroche le papier rose…

H    Histoire de la carte grise : la machine est toujours au nom du grand-père (décédé). Je signe à sa place le certificat de vente et je raye la carte grise : une heure après je ressors de la préfecture avec le papier tant convoité (il y a prescription depuis pour ceux qui vont me critiquer). C’est beau la liberté même avec une S2G d’une puissance très limitée et équipée seulement de 2 vitesses. La petite bécane me causera tout plein de soucis : je casse l’axe arrière sans raison apparente (défaut de matière). Un autre jour je trouve moyen de déjanter le pneu arrière sans prévenir : blocage instantané de la roue, pneu et chambre hors d’usage, contact avec le bitume évité de peu. Cinq kilomètres de poussage. Ne voulant pas utiliser le service de ramassage scolaire pour rejoindre le lycée situé à quarante kilomètres, je décide de descendre dans la vallée avec la Monet Goyon . Grand mal m’en prit ! Une pluie diluvienne me mouille jusqu’aux os, et s’infiltre dans les gaines de l’accélérateur et du changement de vitesse (à la poignée gauche), bloquant ainsi tout mouvement des câbles. Il devait manquer la goutte d’huile indispensable. Et puis pour finir le fil HT reliant le volant magnétique à la bougie prend l’eau et le moteur s’arrête. Je dois parcourir les dix derniers kilomètres à pied en poussant encore une fois ma MG. Les portes du lycée sont fermées depuis un bon moment et bien sûr c’est le surveillant général qui m’accueille sans complaisance. Il n’avait pas compris que rouler en Monet Goyon était un privilège réservé à une certaine Elite. Disons que ce fonctionnaire était un ’Moldu’. J’ai fait sécher la bécane et le samedi suivant je rentrais à la maison comme si rien ne s’était passé.

Quelques mots sur la S6V du paternel : Mon père était routier. Pour se rendre à son entreprise il n’avait que ce véhicule. Quelle que soit la saison il fallait traverser la plaine (6km) le lundi matin et revenir le vendredi soir. Je peux vous dire que par temps de neige il ne devait pas rigoler. Je me souviens encore de son blouson bien rembourré et de tout l’équipement. Il nous arrivait parfois ma mère et moi de remonter la route à pied le vendredi soir pour venir à la rencontre du père. Au loin nous voyons enfin débouler la petite cylindrée. Alors je montais à califourchon sur le réservoir et ma mère sur le Tansad. Nous traversions ainsi tous les trois le village (pas de casques pour les passagers !). C’est cela le bonheur. Cette moto restera aussi quelques années dans la remise et sera vendue pour cinquante francs  à un jeune du village (il voulait faire du cross et en quelques semaines cette 125 finit à la casse).

En 1971, la S2G ayant rendu l’âme je me retrouve sans véhicule et mon père me signale qu’une S6V  est en vente dans le quartier. En fait c’est celle du cousin Gaston. Celui-ci n’avait jamais eu de penchant pour les 2 roues motorisées (il était borgne), peut être une certaine difficulté pour négocier les virages d’un seul œil. Toujours est-il qu’il vendit sa machine à un de mes camarades d’école. C’est à lui que je rachetai la KE pour 250 francs. Elle était déjà bien rouillée, je n’étais pas très chaud mais mon père avait mis en valeur le fait qu’elle possédait une boîte 4 et de toutes façons il n’était pas disposé pour l’achat d’une rutilante japonaise.  Marché conclu. Avec du recul, aucun regret : je n’aurais jamais connu la grande Famille MG KE sans cet achat.

Donc me voici possesseur de cette 125 et bien sûr ce sera mon seul moyen de locomotion pour aller au lycée. Je me souviendrai d’un certain matin avec un thermomètre voisin de -5°. Les 25 kilomètres furent une épreuve et je dus à maintes reprises me réchauffer les mains sur les ailettes du moteur.  Dans ma classe de BTS, un ami possédait une Zundapp, puis une Terrot, et les derniers temps il avait une 350 Monet Goyon : un engin déjà antédiluvien dans les années 70. Cela lui avait valu un contrôle des papiers par les forces de l’ordre que nous avions croisées au centre ville. Mais circuler… il n’y a rien à voir. Tout était en ordre. Heureusement pas de contrôles anti pollution à cette époque !

Voilà résumés quelques moments qui m’ont marqué. J’ai voulu vous les faire partager.

Alain Guillomin

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Moto Club Monet Goyon et Koehler Escoffier.
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Une réponse à J’ai vraiment roulé en Monet-Goyon (par Alain Guillomin)

  1. Arsène dit :

    J’ai adoré ce reportage, bravo!

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